Ronald Dagonnier

Le 7/05/2015 Salle des pieds Légers

Sismothérapie/Electochocs

Pour ce faire, il convoque une figure qui fait sens dans ce lieu de théâtralité et qui, par ailleurs, le touche depuis l’adolescence : Antonin Artaud.
Par le biais de techniques avancées de modélisation et d’impression 3d, de mapping et de projections vidéo, Ronald Dagonnier redonne vie à cette figure majeure de la culture du 20ème siècle pour qui la création devait s’incarner totalement avec rage et excès.
Les installations présentées restituent une partie de ce douloureux emportement. En effet, Ronald Dagonnier fait apparaître l’auteur du Théâtre et son double de manière saisissante. Par un jeu de projections sur plusieurs couches de matière, son visage modélisé se concrétise et s’anime dans l’espace. Le vidéaste nous fait également entendre mais aussi voir la voix du dramaturge au travers d’un jeu saccadé et subtil de lumières appliquées sur des formes d’onde en mouvement, représentations graphiques tridimensionnelles d’extraits d’une émission radiophonique : Pour en finir avec le jugement de Dieu. Il crée ainsi une exposition qui, par la combinaison des techniques utilisées, n’est pas sans évoquer l’idée d’un spectacle total cher à Artaud.
Total, ce spectacle l’est également par la richesse des sens et des paradoxes qui la sous-tendent.
Il y a tout d’abord l’emploi d’une technologie de pointe pour mettre en exergue la critique du dramaturge envers une modernité technique artificielle et productiviste à outrance. De fait, les mots d’Artaud mis en avant dans ces dispositifs sophistiqués sont tout entiers tournés vers une dénonciation de ces « ignobles ersatz synthétiques où la nature vraie n’a que faire ».
En outre, ces systèmes sont mis en branle par les mouvements du public. Là aussi, la technologie tant décriée par Artaud réalise pourtant sa prémonition d’un art total impliquant directement le spectateur.
Par ailleurs, la présence de formes d’ondes matérialisant la transcription électrique de la voix du dramaturge et le fait même que, pour que tout cet environnement fonctionne, l’électricité soit nécessaire, souligne une forme schizophrénique qui fait en outre écho à la condition psychiatrique d’Artaud. Cela rentre non seulement en contradiction avec sa dénonciation, d’une modernité factice et violente, d’une société machinique, mais fait également écho aux terribles séances d’électrochocs qu’il a subies pour traiter ses problèmes mentaux ; sismothérapie qu’il percevait comme un supplice le laissant brisé et anéanti.
Et c’est ce réseau complexe de liens et de paradoxes que Ronald Dagonnier nous livre au travers de son dispositif. En mettant en exergue une critique virulente de la technicité, il se libère de toute forme de servitude ou de complaisance par rapport à ses propres outils. Il concrétise dès lors la gageure d’une exposition qui, par la réalisation d’un oxymore technologique, crée l’expérience d’un enchantement étrange.
Ronald Dagonnier : Sismothérapie/ Électrochocs.

Du 7 mai au 6 juin 2015 (vernissage ouvert à toutes et tous le 6 mai de 18H00 à 20H30), la Société libre d’Émulation invite le vidéaste et plasticien Ronald Dagonnier à investir la Salle des Pieds Légers du Théâtre de Liège.

Contacts :

Société libre d’Émulation,
Rue Charles Magnette 5 et 9,
4000 Liège
www.emulation-liege.be