Philostory

Le 11/04/2016 Salle de la Grande Main

Loin de n’être que des animaux bavards qui se cachent derrière leurs plumes, les philosophes savent aussi se mouiller, analyser des situations, déconstruire des représentations, en créer de nouvelles et travailler à mettre en relief les problématiques de notre époque. La saison 2015-16 sera l’occasion d’expérimenter la mise en scène de rencontres inédites : le temps d’une soirée, un philosophe sera invité à passer la rampe et à dialoguer avec un artiste autour d’un spectacle. Leurs points de vue entrecroisés permettront au spectateur de voir les pièces d’un nouvel oeil.

11/04 : Rencontre avec Vinciane Despret et Jérôme Englebert

autour du spectacle Tristesses

Que fait-on de nos émotions ? Que fait-on aujourd’hui de nos larmes ? Que fait-on de la tristesse dans un monde qui manifeste une tyrannie de la positivité ? Comment penser l’émotion comme puissance de transformation ?

On entend souvent dire que les femmes font des histoires. La philosophe Vinciane Despret ne dira pas le contraire. Avec style et humour, elle construit des récits qui tonifient la pensée. La recherche sort avec elle des sentiers battus pour développer une troublante dimension narrative (un pouvoir de fabulation). À l’évidence, les sciences sont des disciplines qui interrogent leurs objets. Mais les questions habituellement posées par les chercheurs ne sont pas toujours elles-mêmes questionnées. Vinciane Despret apprend à transformer nos manières d’interroger. Dans ses livres, elle cherche l’expérience (et le plaisir du problème autrement posé) plutôt que les solutions. Pour fabriquer des récits qui déplacent les certitudes, elle a par ex. choisi dans son dernier livre (Au bonheur des morts, 2015) de « se laisser instruire », de suivre systématiquement les pistes laissées par ses ami(e)s, ces « promoteurs de recherche énigmatiques » qui ont permis d’ouvrir son enquête sur les morts à d’autres voies. Pour ce genre d’expérience avec les idées proposée par Vinciane Despret, la philosophie ne fait pas cavalier seul : elle se densifie à la lumière de recherches en psychologie ou en anthropologie, mais aussi au contact de l’histoire du Moyen-Age, de la littérature, des séries américaines, de la spectro-géographie, de l’hantologie, des arts plastiques, du cinéma, des conversations, des échanges épistolaires, des récits de famille, etc. Grâce à tous ces outils et aux questions décalées qu’ils permettent de poser, Vinciane Despret renverse la théorie du deuil, dont elle dit avec humour qu’elle est mortifère, parce qu’elle « constitue un si sombre avenir pour les morts ». On reconnaît sans peine que les larmes font partie – dans nos sociétés – des réactions courantes à la perte d’un être cher. Mais sait-on toujours voir ce qui les remplace ? Connait-on suffisamment bien tous les dispositifs par lesquels les vivants restent en contact avec les morts ? La question des émotions – et de leur fausse naturalité, de leur universalité apparente – a déjà fait l’objet d’une enquête de fond chez Vinciane D. (Ces émotions qui nous fabriquent, 1999). Son travail récurrent avec des artistes (dramaturge pour les spectacles Smatch, projet avec la compagnie Numéro23/Prod., commissariat d’exposition pour Bêtes et hommes) achève de faire d’elle une interlocutrice idéale pour la soirée autour du spectacle d’Anne-Cécile Vandalem.

Enseignant dynamique et clinicien attentif, Jérôme Englebert inscrit son travail dans le domaine de la psychopathologie, tout en mobilisant des outils intelligemment empruntés à la philosophie. En tirant parti des apports de la psychopathologie phénoménologique et de l’œuvre de Sartre, il actualise dans ses travaux certains concepts philosophiques pour penser autrement les situations complexes rencontrées dans sa pratique de psychologue (cf. Psychopathologie de l’homme en situation, 2013). Nourries par l’analyse de cas cliniques (entretiens réalisés notamment en milieu carcéral), ses recherches évaluent le rôle de l’émotion dans les manifestations psychopathologiques. Jérôme Englebert montre de manière très fine comment la construction de l’identité (et des rôles sociaux) implique la prise en compte des émotions. Il étudie aussi bien les expressions émotionnelles de crises identitaires que les conséquences – en termes d’identité – des turbulences émotionnelles. À la suite d’une anesthésie affective, tel patient développera des troubles de l’« identité narrative », incapable de créer un discours à partir de son propre vécu. D’autres cas cliniques manifestent des difficultés évidentes à parler des émotions. Jérôme Englebert s’est notamment penché sur le cas du type mélancolique et son basculement de la tristesse à l’apathie (l’incapacité morbide à pouvoir se situer dans une émotion). Ses recherches récentes portent notamment sur la question de l’adaptation à l’environnement social, à travers des dispositifs qui permettent de faire face au changement (cf. Adaptation, avec Valérie Follet, sortie mars 2016). Son travail sur les cas cliniques lui a permis de développer une grande attention aux mots, aux gestes, aux images. Il ne manque pas de mettre à profit ses analyses toujours très fines dans le domaine de l’esthétique et de la philosophie

Les conférences débutent à 20 :00

P.A.F. 5€ / Gratuit pour les détenteurs d’un ticket pour le spectacle Tristesses

Réservation via la billetterie du Théâtre de Liège

Conception : Théâtre de Liège, Maud Hagelstein (FNRS/ULg)
Théâtre de Liège / Jean Mallamaci / j.mallamaci@theatredeliege.be

En pratique

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